Retour 12 janv. 2024

Une fête de Noël qui résonne comme un temps d’apaisement

Le 6 décembre dernier, l’équipe de collaborateurs et collaboratrices, qui est chargée du suivi social et administratif des personnes à l’aide d’urgence (ADU) et des personnes sans autorisation de séjour (ETSP), a organisé une fête à la Maison Internationale des Associations (MIA). Rencontre avec le responsable d’unité, Mouhamadou et Laurent, assistant social, un nouveau venu dans l’institution qui, avec cinq autres collègues, s’est chargé de l’organisation de cette fête pas comme les autres, avec l’implication de toute l’équipe.

En quoi cette fête différait-elle des autres fêtes de Noël organisées à l’Hospice général ?
Mouhamadou :
Le public que nous y avons accueilli est particulier. Il s’agit de personnes à la marge de la marginalité. Les personnes ADU ne bénéficient en effet que de prestations minimales avec nulle autre perspective que le départ de Suisse, tandis que les personnes ETSP sont des personnes qui ont vécu en Suisse dans la clandestinité et que seules des circonstances dramatiques – telles que des violences conjugales, la traite des êtres humains ou une maladie  grave – ont incitées à pousser la porte de l’institution, ce qui entraîne pour elles l’obligation de s’annoncer auprès de l’Office cantonal de la population. 
Peu de gens le savent, mais je dois souligner que le canton de Genève est le seul en Suisse à disposer d’un cadre légal prévoyant, sous certaines conditions, des prestations pour les personnes ETSP. À l’heure où de nombreux pays européens durcissent leurs conditions d’accueil des migrants, je crois que Genève peut être fière de ce cadre légal.

Combien de personnes sont suivies par votre unité ?
Mouhamadou : L’unité suit 573 dossiers, soit un total de 862 personnes.

… Il vous a donc fallu faire un choix car vous ne pouviez pas inviter l’ensemble des bénéficiaires ?
Laurent : En effet ! Après réflexion, nous avons décidé d’inviter les familles monoparentales qui sont logées hors du dispositif d’hébergement de l’institution, soit 300 personnes, partant de l’idée que les autres bénéficiaires ont eu l’occasion de participer aux fêtes organisées dans les centres. Nous avons reçu 85 inscriptions avec 56 enfants et 29 adultes.

Mouhamadou : Et quasiment, toutes et tous sont venus, ce que je trouve franchement exceptionnel. Il était important que cette fête ait lieu en dehors des murs de l’Hospice général. Nous avons donc loué une salle à la Maison des Associations, fait appel à Exodus pour la partie traiteur (nourriture exquise et service parfait !) et à une magicienne marionnettiste pour le jeune public. En plus de la dimension festive inhérente à ce type d’événement, nous avions pour objectif de valoriser les bénéficiaires et de créer des liens avec eux, au-delà de nos statuts respectifs.

Laurent : Nos invités ne voulaient plus repartir et j’ai finalement dû prendre le micro pour leur annoncer que la fête était finie ! Ce moment de partage hors les murs a suscité, je crois, un sentiment d’apaisement et de reconnaissance de la part des bénéficiaires…

Mouhamadou : et une nouvelle dynamique au sein de l’équipe.

Laurent : Oui, nous étions vraiment contents de pouvoir établir d’autres contacts avec les bénéficiaires avec qui nous traitons la plupart du temps de questions administratives.

Mouhamadou : Une personne nous a envoyé un SMS pour nous remercier de la fête et de tout ce que nous avons fait pour elle. Elle vient de recevoir un permis B et tenait à nous en informer. C’est notre cadeau de Noël.


Propos recueillis le 21 décembre 2023

 

Photo : une partie de l'équipe organisatrice

Une partie des organisateurs et organisatrices